jeudi 18 juin 2015

Quand l'enfance cesse d'être lumineuse et joyeuse

Ce soir, je ne vais pas dormir sereinement ... je voulais vous parler des mots rigolos de ma Pimprenelle, mais finalement, je n'ai plus le coeur à ça.


Dans mon travail, je rencontre tous les jours des gens en grande détresse, des familles pour qui le quotidien est un combat, d'autres qui au contraire ont arrêté de se battre, vivant des aides qu'ils peuvent trouver à gauche et à droite, assisté par l'Etat, pas par choix, mais par lassitude, parce qu'ils ont renoncé, mais qui ont aussi perdu en chemin leur dignité et surtout l'espoir. C'est difficile mais il y a quand même souvent des sourires, des mercis, des enfants qui partent en vacances et qui vont voir la mer pour la première fois, des éclats de rire partagés.

Et parfois, il y a le pire (ou le presque pire ... je ne sais pas) ... Il y a cet enfant de tout juste 8 ans, qui débarque aux activités du mercredi en pleurs, en tremblant, en état de choc et qui dit dans un souffle que sa maman l'a tapé très fort, parce qu'il est parti voir son petit voisin sans la prévenir ... Mais fort comment ? "Elle a enlevé sa sandale et elle m'a tapé sur le dos et sur les fesses, je suis tombé, et elle a continué à me taper", et cette griffure sur sa jambe, de la cheville au genou, et son regard effrayé ... Garder son calme, rassurer l'enfant ... on a des bénévoles qui assurent ! Merci à eux pour le travail formidable qu'ils font au quotidien.

Et moi, qui doit prendre la décision. Evaluer en quelques instants la situation, prendre le risque de bouleverser la vie d'une famille, prendre le risque de passer à côté de quelque chose de plus grave, écouter les bénévoles, ne pas "trop" penser à l'enfant pour ne pas se laisser submerger par l'émotion. Prendre LA bonne décision.

Poser les bonnes questions, est-ce que c'est un incident isolé, une maman qui a paniqué ? Se dire que, quand même, même si on a eu très très peur pour son enfant, on peut à la limite comprendre la fessé ou la gifle, mais l'acharnement sur un enfant au sol ? non quand même ... ça n'est pas possible ... Et puis l'enfant qui glisse à nouveau timidement qu'en fait c'est déjà arrivé mais pas "si souvent" (mon dieu, que ça fait mal d'entendre ça).

Se dire que non, vraiment, on ne peut pas faire comme si on n'avait rien entendu... Prendre son téléphone et le signaler aux services sociaux ... Avoir l'impression d'être immédiatement prise au sérieux, écouté, croiser les doigts pour qu'ils fassent leur travail et vite.

Découvrir que la maman est elle-même victime des coups de son mari, se dire que définitivement, il faut agir vite, que cette famille a besoin d'aide. 

Espérer avoir pris la bonne décision et que cela n'entraînera pas le pire ... 


Je ne savais pas trop comment illustrer cet article, et puis finalement, j'ai choisi cette photo de ma Pimprenelle, si lumineuse, d'abord parce qu'elle me réconforte, et ensuite parce que l'enfance ça doit être ça, être heureux, découvrir, s'émerveiller, être aimé et protégé, insouciant....et que malheureusement ça n'est pas toujours le cas.


INFORMATION IMPORTANTE : si vous êtes confrontés à une situation de ce genre, s'il vous plait, n'hésitez pas. Contactez les services sociaux. Ils sauront vous poser les bonnes questions, ils sauront quoi faire, ils sauront voir l'urgence. Ne pas avoir peur d'au moins leur poser la question, je vous assure que je suis tombée sur une personne très à l'écoute qui a bien pris le temps de noter tous les éléments. Ce sont eux qui décideront de la suite de la procédure, qui iront faire une enquête au sein de la famille, voir d'abord de quelle manière ils peuvent l'aider, l'accompagner. Il faut leur faire confiance, malgré les quelques affaires dramatiques qui ont illustré des manquements et des défaillances, l'immense majorité d'entre eux sont des gens passionnés par leur métier. Ne pas être immédiatement dans une démarche de jugement et de condamnation, se dire que peut-être c'est un parent en détresse, qui a besoin d'aide aussi. Mais agir tout de suite quand même.

Si vous ne savez pas où appeler, un seul NUMERO : le 119 (pour ma part, j'ai contacté directement l'Espace Solidarité du Conseil Général du secteur, mais le 119 c'est très bien !).

2 commentaires:

  1. Merci pour tes mots. Ne pas fermer les yeux, c'est le plus important.

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    1. Oui, parfois c'est nécessaire d'en arriver là. On a informé la maman de notre démarche, et elle le prend plutôt bien, je crois qu'elle avait elle aussi besoin d'être aidé et que ça la soulage d'un côté que quelqu'un lui dise stop, j'espère que ce sera le déclic pour que la situation s'améliore !

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